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Pourquoi une seule allure cible suffit pour un marathon — et presque jamais pour un trail

Pourquoi l'allure moyenne ne sert presque à rien en trail, et comment découper le parcours en segments transforme ce qu'affiche ta montre en un vrai repère.

15 MIN DE LECTURE · 10 JUILLET 2026 · PACEVINE RESEARCH · 5 SOURCES

Sur un marathon en ville, tu n'es jamais vraiment seul face à la distance. Chaque kilomètre est balisé. Ta montre affiche environ 5:40 au kilomètre — ce qui veut dire que tu es actuellement sur un rythme d'à peu près quatre heures. Elle affiche 6:10 — c'est clair aussi : tu es en retard, alors décide quoi en faire. Il y a un lièvre qui court à côté de toi avec un ballon, son temps cible imprimé dans le dos. Toute la course se résume à une seule question dont la réponse est connue : tiens-tu l'allure ou non.

Imagine maintenant une scène différente. Six heures dans une course de montagne. Une montée, et après la crête, une autre montée. Pas de kilomètres balisés, pas de lièvres. Tu n'as pas vu d'autre coureur depuis un moment. Ta montre affiche 9:24 au kilomètre — et ce chiffre, en soi, ne veut rien dire. C'est lent ? C'est correct ? Sans repère fixé à l'avance, tu n'as aucun moyen de savoir si cette allure a du sens pour cette pente, à ce moment de la course. Et il n'y a personne à qui demander — il n'y a tout simplement personne autour.

Un marathon en ville et un sentier de montagne solitaire
FIG. 01 · La même distance — deux courses complètement différentes.

Il y a une deuxième différence, dont on parle bien moins que du dénivelé. Les leaders sont filmés, le public s'agglutine sur leur parcours, leurs temps de passage sont commentés en direct. Un amateur sur ce même parcours passe dix, quinze, vingt heures seul. Sur une longue ultra, un amateur peut être en course pendant plus d'une journée entière, en passant une bonne partie de ce temps sans aucun repère extérieur ni soutien.

C'est précisément pendant ces longues heures, quand il n'y a presque plus aucun repère extérieur, qu'une course commence souvent à se disloquer. Pas au départ bondé, pas au dernier kilomètre — mais quelque part entre les deux, là où tu cours en te fiant à ta sensation habituelle d'allure, et où cette sensation te trahit justement à cet endroit.

01Pourquoi l'allure moyenne ne veut rien dire en trail

Sur un marathon plat, un kilomètre ressemble suffisamment au suivant pour que tout le plan se réduise à un seul chiffre. En trail, des kilomètres consécutifs peuvent exiger des quantités d'effort complètement différentes.

Le coût énergétique du mouvement change énormément avec la pente. Le physiologiste italien Alberto Minetti et son équipe ont fait courir des sujets sur un tapis roulant incliné, avec des pentes allant de −45% à +45%, et ont calculé le coût de chaque mètre parcouru. La différence s'avère énorme. Le coût énergétique de la marche sur le plat est d'environ 1,64 J·kg⁻¹·m⁻¹ ; par commodité, on appellera simplement cela le coût au mètre à partir de maintenant, en gardant à l'esprit qu'il est normalisé par la masse corporelle. Le coût au mètre pour monter une pente à 45% est de 17,33. Plus de dix fois plus. Ce n'est pas une simple impression subjective : le coût énergétique du mouvement grimpe vraiment aussi fort.

Coût au mètre selon la pente et le profil de Ronda 101 avec ses segments
FIG. 02 · Coût au mètre selon la pente (Minetti, 2002) et le profil de Ronda 101, découpé en segments.

Et ces mêmes données contiennent un fait qui bouscule l'intuition. Dans l'expérience, le coût énergétique le plus bas en course n'a pas été observé sur le plat, mais dans une descente modérée. Courir sur le plat coûte 3,40, alors que courir une descente à −20% ne coûte que 1,73 (mêmes unités). Moitié prix. En termes de dépense énergétique, une descente modérée peut être nettement plus économique que courir sur le plat.

Alors pourquoi tout le monde est-il si prudent en descente ? Les auteurs de l'étude eux-mêmes l'ont remarqué : les vitesses maximales théoriques en descente ressortaient largement au-dessus de ce que les coureurs atteignent réellement en course — contrairement aux montées, où le calcul et la réalité coïncidaient. Cela signifie que le coût énergétique n'explique pas entièrement la vitesse en descente. Parmi les facteurs limitants probables : la charge musculaire excentrique, la technique, la stabilité des appuis et la prudence du coureur lui-même. (Plus de détails dans un article séparé.)

Mets ces faits bout à bout : le coût énergétique change avec la pente, la pente change continuellement le long du parcours, et les descentes apportent leurs propres facteurs limitants supplémentaires. Un seul chiffre ne peut pas décrire une course pareille.

02Ce qu'est vraiment un plan

Découpe le parcours en ses tronçons naturels : cette montée, cette descente, ce tronçon plat le long de la rivière. Ronda 101 se découpe en 45 tronçons de ce type sur 104 kilomètres. Pour chaque segment, il faut définir à l'avance trois paramètres réalistes :

Une montée, un ravitaillement, une crête
FIG. 03 · Le même coureur : en montée, à un ravitaillement, sur la crête.

À quelle allure ? Pas "le plus vite possible tant que je suis encore frais", mais concrètement : cette rampe à +8% au kilomètre 34 — 10:50 au kilomètre, pas un signe d'échec, mais un objectif d'allure réaliste pour cette montée.

Courir ou marcher ? Plus la pente est raide, plus l'avantage de courir par rapport à une marche rapide et énergique diminue — et plus courir coûte cher, tandis qu'une marche rapide peut finir par revenir nettement moins cher. Le point de bascule est individuel : il dépend de la pente, de la vitesse, de l'entraînement et de la fatigue — il arrive plus tôt chez l'un, plus tard chez l'autre. Il vaut mieux prendre cette décision à l'avance, à tête reposée, plutôt qu'en pleine pente, pris dans l'instant et l'envie de continuer à courir coûte que coûte.

Combien de temps aux ravitaillements ? Trois minutes d'arrêt, ce sont trois minutes. Arrête-toi trois minutes en moyenne à chacun des vingt ravitaillements de Ronda 101, et cela fait une heure entière — une heure qui n'apparaît pas dans ton allure moyenne, mais qui existe bel et bien dans la réalité. Un plan qui ignore les arrêts te ment d'exactement cette heure-là.

Et une fois que tout cela est réglé, ta montre commence à signifier quelque chose. 9:24 au kilomètre n'est plus un chiffre vide : tu sais que le plan pour cette montée est de 9:40, tu sais combien il en reste jusqu'au sommet, quel segment vient ensuite, combien d'effort tu peux y dépenser, et à quelle heure tu arriveras si ça continue ainsi. Que tu sois en avance ou en retard sur le plan est secondaire. Ce qui compte, c'est que même sur un tronçon isolé du parcours, tu conserves un repère clair.

03Pourquoi un passage à vide ne se termine pas toujours en abandon

Il faut ici avancer avec prudence, car le sujet attire beaucoup de discours qui sonnent bien mais disent peu.

Demande aux gens qui ont abandonné pourquoi ils ont abandonné, et ils te donneront des raisons physiques. Dans la plus grande enquête menée sur les courses de cent miles — Western States et Vermont 100 — la cause numéro un chez les non-finishers est les nausées et les vomissements : 23%. Pas "j'ai craqué mentalement". Des nausées.

Mais certaines études regardent au-delà des explications, vers ce qui distinguait vraiment ceux qui ont terminé de ceux qui ont abandonné. Et là, le tableau change.

Des chercheurs suisses ont analysé le vécu subjectif des finishers et des abandons, en s'appuyant sur des entretiens rétrospectifs détaillés et des récits de course publiés. Tout le monde a traversé des passages à vide — finishers comme abandons. La différence tenait à ce qui se passait ensuite. Les chercheurs ont classé ces épisodes d'épuisement, de douleur et de perte de contrôle comme un état de vitalité réduite. Ces épisodes ont été suivis d'un retour à un état stable et fonctionnel chez 66% des finishers ; chez ceux qui ont abandonné, seulement 40%. Et pour 90% de ceux qui ont abandonné, le dernier état décrit restait un état de perte, sans retour. Autrement dit, dans les récits des abandons, le dernier passage à vide n'était le plus souvent jamais suivi d'une récupération.

Une autre étude a suivi 221 participants d'une ultra-trail de 140 kilomètres. Un modèle construit à partir de l'expérience et d'un ensemble de mesures psychosociales prises avant le départ s'est révélé statistiquement associé à la probabilité d'abandon, expliquant une part significative, mais loin d'être complète, de la variation entre participants (36,4% de la variance) ; parmi les facteurs liés à un risque d'abandon plus faible figuraient la confiance en soi, une intention ferme de terminer et des stratégies actives d'ajustement (coping).

La conclusion honnête est celle-ci. Il n'est pas vrai que "les gens abandonnent à cause de leur tête, pas de leurs jambes" — les gens abandonnent parce qu'ils ont des nausées, parce qu'un genou fait mal, parce qu'ils sont à court de force. La vérité est plus subtile : les passages à vide arrivent à tout le monde, mais certains en sortent et d'autres non. Un problème physique déclenche souvent la crise, tandis que l'expérience, la confiance et les stratégies d'ajustement peuvent influencer si un athlète parvient à continuer.

04Ce qu'un plan fait à ta tête

Une étude directe — prendre cent coureurs, en donner un plan écrit à la moitié, rien à l'autre moitié, et comparer les taux d'abandon — n'existe pas. Nous n'en avons pas trouvé, donc ce qui suit est une hypothèse plausible, pas un effet démontré.

Mais il y a un socle sous ce raisonnement. En trail, tu ne peux pas te fier entièrement à l'instinct d'allure que tu as construit sur route. Cela découle des chiffres de Minetti : le même effort produit une allure complètement différente selon la pente. L'instinct pour juger l'allure au ressenti, construit sur le plat, devient peu fiable en montagne. Les changements constants — monter, descendre, courir, marcher, s'arrêter à un ravitaillement — ne font qu'aggraver les choses : il devient de plus en plus difficile de savoir, au seul ressenti, si tu vas vite ou lentement. Sur route, ton allure actuelle se compare facilement à ton objectif global. En montagne, il faut d'abord la relier à la pente, au type de terrain et à l'endroit où tu en es dans la course.

Une décision prise à l'avance est souvent plus facile à exécuter qu'une décision inventée sur le moment. Il y a peu de recherche directe sur le pacing en trail spécifiquement, donc honnêtement : c'est un mécanisme plausible, pas un effet démontré. Mais certaines choses sont connues. Les finishers de l'étude suisse retrouvaient plus facilement leur équilibre après un passage à vide et revenaient à un état stable. Cette étude n'a pas testé de plans segmentés. Nous soupçonnons néanmoins que des repères fixés à l'avance pourraient réduire l'incertitude qui suit un passage à vide — cette hypothèse reste encore à tester séparément. Le temps de réaction et l'attention se dégradent, eux, de façon mesurable après ce genre de courses : les finishers de l'UTMB, qui se sont reposés au total environ 12 minutes sur toute la course, montraient déjà des scores plus bas sur ces mesures à l'arrivée. La fatigue cognitive s'accumule probablement aussi tout au long de la course, donc des décisions prises à l'avance pourraient réduire la charge sur l'attention — même si l'effet direct des plans sur les taux de finition n'a pas été étudié.

Et tu es seul. Un amateur n'a pas d'équipe pour le nourrir, le remettre d'aplomb et lui dire quoi faire à chaque ravitaillement — tout repose sur toi. Il est plus facile de garder son calme quand certaines décisions sont déjà prises, et que le plan du segment en cours est toujours visible sur l'écran de la montre.

Un plan te donne un repère extérieur. Un simple coup d'œil au poignet : sur ce segment, tu es 4 minutes en retard sur le plan. Ce n'est pas une course qui se disloque — c'est un chiffre avec lequel tu peux travailler : tu en rattraperas une partie quelque part, tu ajusteras l'objectif ailleurs, mais la course reste la tienne, elle garde une forme et une prochaine étape.

Être en retard sur le plan, en soi, ne signifie pas que la course s'est disloquée — prendre du retard est normal et arrive souvent. Ce qui compte, c'est que l'incertitude s'est transformée en un écart concret et gérable, et qu'une course de cent kilomètres est devenue une montée compréhensible qui se déroule là, maintenant : la montre supprime le besoin de décider encore et encore, à chaque instant, quoi faire ensuite. Et si tu prends du retard, les données de cette course rendront ton prochain plan plus précis. Un plan capture les décisions prises à l'avance, à tête reposée. Pendant la course, tu l'utilises comme point de départ, en l'ajustant selon la météo, ton ressenti et les conditions réelles du jour : tu n'as pas à prendre chaque décision à partir de zéro — le plan est une base que tu ajustes au besoin.

L'écran d'une montre sur un sentier de montagne
FIG. 04 · Le même plan — au poignet, dans l'instant.

En course sur route, ce luxe est devenu standard depuis longtemps. En trail, ce type de structure peut être particulièrement utile : la course est en général plus longue, il y a plus de décisions et plus de facteurs incertains, et tu dois les gérer dans un état bien plus dégradé.

05Par où commencer

Commence par le profil de dénivelé de ta course. Découpe-le en montées et en descentes. Pour chacune, détermine à quelle allure courir et où courir plutôt que marcher. Ajoute tes arrêts. Additionne le tout — et regarde le temps final sans illusions, tant que tu peux encore le faire librement.

Tu peux faire ça dans un tableur — vraiment, même un calcul approximatif est en général plus utile que de n'avoir aucun repère, tant que tu peux ensuite ajuster le plan au ressenti pendant la course. Ou tu peux téléverser ton fichier GPX sur Pacevine : il découpera automatiquement le parcours en segments et calculera une allure estimée pour chacun, selon la pente, le revêtement et la fatigue accumulée. Tu pourras ensuite ajuster cette prévision à la main, en tenant compte de ta propre expérience en montée, en descente, sur les passages techniques et aux ravitaillements.

La montagne ne deviendra pas plus facile. Mais tu partiras avec bien moins d'incertitude.

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Sources

  1. Minetti A.E., Moia C., Roi G.S., Susta D., Ferretti G. Energy cost of walking and running at extreme uphill and downhill slopes. J Appl Physiol, 2002;93(3):1039–46.
  2. Hoffman M.D., Fogard K. Factors related to successful completion of a 161-km ultramarathon. Int J Sports Physiol Perform, 2011;6(1):25–37.
  3. Rochat N., Hauw D., Antonini Philippe R., Crettaz von Roten F., Seifert L. Comparison of vitality states of finishers and withdrawers in trail running. PLOS ONE, 2017;12(3):e0173667.
  4. Corrion K. et al. Psychosocial factors as predictors of dropout in ultra-trailers. PLOS ONE, 2018;13(11):e0206498.
  5. Hurdiel R. et al. Combined effects of sleep deprivation and strenuous exercise on cognitive performances during the UTMB. J Sports Sci, 2015;33(7):670–4.
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